Rêver la mer


Rêver la mer pour que les flots pansent nos plaies

Emerveillés par les sirènes de la gloire,

Les pêcheurs échoués attendent sur les quais ;

Le monstre des terres, détrousseur de mémoire.


Il conduira ses innocentes proies grégaires,

Sur l'île d'asphalte, au Sire de la Monnaie.

Captif, au creux de la bête ferroviaire,

Un marin mal réveillé a franchi les haies.


Il a arraché l'enclume de son bonnet.

Soudain, une vague de lumière l'attrape,

Des mouettes lui retirent tous ses apprêts,

Et des galets verts ou bruns déferlent par nappes.


Puis, le corps chaud et redoré, il se souvient

D’un bassin de plaisirs, aux doux replis côtiers.

Et les petites maisons chantent son lien

Aux couleurs d’Honfleur, qui l'ont fait fier héritier.


C'est dans sa chair, qu'il porte le sceau de la mer.

Là-bas, une mère attend son fils égaré,

L’âme en éclats, d'être un loyal soldat du fer.

Elle tremble pour l'enfant qui semble condamné.


Lui, qui se jetait à pleine vie dans la houle,

Laissant aux rivages les peines de ses malles ;

Quand nos pieds jouent parmi l'écume qui coule,

Au milieu des mains de sable joliment sales.


Un jour, le fils aura fini ses tours de piste.

Il oubliera la trahison de ses amours,

Lorsqu’il s'en ira guérir, loin des villes tristes,

Pour se sauver enfin de l'usure des jours.



C. Romero