«Lettre rêvée à Tennessee Williams…»


Ma sagesse d’enfant a trouvé son cri, monsieur Williams Tennessee.

Ah ! Rencontrer vos textes adaptés par les plus grands dotés des meilleurs interprètes. La voix d’Alva Starr résonne depuis sa Propriété condamnée.

Chirurgien de l’âme en failles, les instruments de votre parole doivent être de taille.


Votre répertoire dramatique fréquente le Sublime. Au creux de l’écorce du rôle social, la grâce enfantine s’échappe. Billy et Cora fredonnent pendant que Carol se révolte.

A vous lire et à vous vivre, l’on pourrait croire que c’est le souvenir qui nous conforte dans l’image du bonheur. Alma dans Eté et fumées fut mon premier choc théâtral.

Egalement merci pour votre éloge du moment magique où tout s’éclaire.

Il n’y a qu’à observer vos yeux qui portent l’empreinte des lumières de votre talent à voir. Vous regardez comme le pêcheur ému fixerait les albatros que nous sommes.


Aujourd’hui, certains metteurs en scène brodent autour de vos textes même si ces derniers sont savamment concentrés en humanité. Ils en font trop.

Vous êtes le sculpteur minutieux des chairs pour un théâtre où l’homme finit par cracher son sang, malade de ne pouvoir être libre.

Reste le cri originel qui retentit dans toute votre œuvre. Encore merci de rendre honneur à notre identité. Pèlerins vulnérables, trop grands à devenir fous sous les codes de l’apparence, nous sommes pressés d’étouffer le scandale de vouloir choisir notre vie.


Ecrivain véritable, philosophe, vous faites office de guide pour aveugles de sentiments si durs à porter qu’il ne reste qu’à s’enivrer d’alcool ou d’absurdes déclarations.

Alors, on oublie qu’il ne faut pas pleurer dans la compétition des hommes qui jouent à mieux vivre le poids cruel de leur condamnation.


Sans cesse, je parle des hommes.

Pourtant vous êtes un des rares dramaturges ayant fait la part belle aux femmes qui ne servent pas de faire valoir. Affublées de colifichets, se prénommant Blanche ou Rosie, elles livrent leur désir quitte à en payer le prix fort.

Même si elles finissent par subir, elles auront tout au moins résisté.


       Voilà comment vous avez changé ma vie, mon regard au monde, envers les semblables au-delà des frontières de présentation.

Après avoir sollicité de votre mémoire si vive, je vais retourner à mon travail de chaque jour qui est de faire sortir les cris par les mots enfilés au gré des pages.

Vous m’avez appris à faire de nos secrets, le point de départ d’une création parce que les choses que l’on voudrait taire sont bien souvent les plus essentielles.


«Sincerely yours»

Christine