L’Eloge de la Folie d’Erasme
Théâtre de la Passerelle – Limoges, le 30/12/2012
Avec Jean-Pierre Descheix
Mise en scène et scénographie : Michel Bruzat
Adaptation : Jean-Marc Chotteau
Lumières : Franck Roncière
Costumes : Dolores Alvez Bruzat


Un spectacle bienveillant

Qui ravive les désirs fondamentaux…

Je connaissais le travail du metteur en scène Michel Bruzat depuis l’époque où j’étais élève au CDNR.
La mémoire ravivait un homme de théâtre de convictions, d’ouverture, écrit dans la création contemporaine (certains diront « un vrai »).


A distance, je gardais un œil sur ses programmations ; comme un repère au milieu de mes voyages.
Passagère des trains de la raison qui éloignent le temps de la magie ; je n’ai pourtant pas résisté à l’appel de L’Eloge de la Folie d’Erasme mise en scène au Théâtre de la Passerelle.


Entrée dans l’écrin du théâtre : pas de numéros sur les fauteuils mais les noms des spectateurs.
Nous entourons un tapis rouge arrêté par trois fauteuils et un piédestal.
L’acteur fait son entrée. Esprit baroque. Un courtisan ?


Puis il commence à vivre le texte d’Erasme, à jouer, se jouer de la plume aiguisée de l’auteur.
Les codes d’interprétation poussiéreux sont déblayés au profit du corps mobilisé. Celui qui ne peut trahir qu’une pensée véritablement en action.


L’acteur, Jean-Pierre Descheix n’est heureusement pas tombé dans le piège de l’histrion baigné dans une culture de l’effet théâtral.


C’est avec justesse, qu’il nous raconte l’histoire de la Folie douce, Dame Stultitia. Des phrases détonnent et résonnent. L’auteur est bien livré ; celui qui défend l’enfant illégitime et les amours furtives. Les codes sociaux sont épinglés au profit des codes naturels, provocants, ridicules mais humains.  A l’heure du repli sur soi, de l’avoir ; ce spectacle est une célébration de la pensée et des sens. Fluide. La société du spectacle affichée simplement dans la scénographie fait corps avec les lumières. Lesquelles accompagnent les exquis excès du comédien des vérités qui sont, finalement, toutes bonnes à dire.


Décomplexés, nous quittons le théâtre assumant les convictions de doux insoumis.

C. Romero