Spectacle Artaud-Barrault au Théâtre de Chaillot
Paris, le 13 octobre 2012
Mise en scène : Denis Guénoun
Avec Stanislas Roquette



"Le Paradoxe sur le spectateur"


Je connaissais Denis Guénoun, universitaire et homme de théâtre pour l'avoir écouté comme professeur à Paris III.
Nous avions étudié Le Paradoxe sur le comédien de Diderot.
Douze ans plus tard (!), il fallait m'arrêter sur son spectacle Artaud-Barrault mis en scène au Théâtre de Chaillot où la programmation n'était jamais décevante.
Dans le studio intime de ce lieu, le metteur en scène accueillit le public et présenta son travail basé sur des correspondances entre Antonin Artaud et Jean-Louis Barrault.
En préambule, un montage d'images de Barrault s'exprimant sur le théâtre fut projeté. Le ton était donné avec des phrases comme "la cruauté de propos qui vient d'une sensibilité exacerbée" ou "Artaud bénéficiait d'une "aristocratie fondamentale". Une promesse de spectacle s'annonçait : celle d'une représentation au-delà des codes...

L'acteur commença à lire la rencontre entre les deux piliers du théâtre contemporain, assis à son bureau, avec une distance polie.
Et c'est naturellement, fondamentalement, qu'il assuma en alternance "l'injouable" Artaud, génie littéraire et visionnaire souffrant.
Cet acteur de 28 ans (pas encore médiatisé) réussit à s'approprier le mystère de la folie d'Artaud.
Par la mise en scène délicate de Denis Guénoun, l'interprète Stanislas Roquette sortait tour à tour de la narration pour incarner le duo Artaud-Barrault.
Son engagement total et sincère ramenait le spectateur à ses propres paradoxes. Rester en recul face au "cas Artaud"comme le fit Barrault ou bien oser descendre en soi-même jusqu'à ses peurs ?

Grâce à ce spectacle, le public passa de l'aspect historique de la correspondance entre Artaud et Barrault à un état trop rare quand le noir se fait. A écouter le silence précédent les applaudissements nourris du public, le spectateur avait été saisi par la juste générosité dans ce qu'il y a de plus simple sur scène. Le moment magique de la représentation recherchée par Artaud et Barrault avait surgi et c'est entiers à ce paradoxe que nous pouvions quitter la salle : avions-nous transporté notre vie sur le théâtre ou bien est-ce que c'était le théâtre qui s'était imposé dans la nôtre ?


C. Romero