La Pierre au théâtre de la Colline à Paris
Le 27 janvier 2010
Auteur : Marius Von Mayenburg
Metteur en scène: Bernard Sobel
Comédiens: Anna Alvaro, Claire Aveline, Priscilla Bescond, Anne-Lise Heimburger, Edith Scob, Gaëtan Vassart




" Une pièce historique " ? 



   Je connaissais Bernard Sobel comme le directeur du théâtre de Gennevilliers avec une programmation faisant place à l'originalité de la création contemporaine.
J'allais voir son travail de metteur en scène avec " La Pierre " au Théâtre de la Colline (où je ne suis jamais ressortie déçue).
Je savais que le sujet de la pièce portait sur la réunification de l'Allemagne vue par trois générations de la même famille.
On entre : frappée par l'idée pertinente du rideau de visages (derrière le mur).

   Le spectacle commence et je repère les signes de la dramaturgie contemporaine : suspensions où s'éclairent les années du récit (remarquable).
Le reste de la scénographie est sobre, s'accorde avec les lumières : propre et justifié.
Je remarque particulièrement le beau travail de Mina Ly pour les costumes.
Quant à l'interprétation, je retrouve les acteurs dans la citation en hommage à la distanciation brechtienne. J'ai une prédilection pour l'incarnation vraissemblable du comédien mais je dois dire que dans leur registre, ils s'en sont bien sortis. Mention spéciale pour Anne Alvaro avec laquelle j'ai dépassé mon rejet de sa diction particulière.
Bref, la mise en scène était intelligente comme le texte. Encore faut-il y aller, ne pas s'attendre à ce que tout nous arrive en tant que spectateur.

   Enfin, je conseille cette pièce comme modèle du genre traitant de thèmes politiques. Ici, l'histoire de l'Allemagne entre 1935 et 1993 y est proposée charnellement par les trois femmes où le patriarche représente le mythe du pouvoir de sauver ou de dénoncer avec le spectre des juifs victimes de l'extermination laissant derrière eux des orphelins. Un texte qui marque les esprits. Et la pierre ? Derrière sa matérialité, chacun y voit ce qu'il veut. Plus loin que le manichéisme, cette cruelle échelle de valeurs humaines à un temps donné et qui donne l'opportunité de se comporter comme le héros ou le monstre.

Nota : en sortant un spectateur au verbe haut se plaignait d'avoir payé pour des acteurs jouant comme au temps de l'après-guerre et regrettait que le théâtre n'ait pas évolué. J'aurais voulu avoir l'audace de l'interrompre pour lui dire que le théâtre avait bien évolué par sa pluralité de registres et des codes qui vont avec...

C. Romero